Aller au contenu
connaissance.org

Sciences · Terre et climat

La mousson

La mousson est un système de vents saisonniers qui s’inversent : en été, ils soufflent de la mer vers la terre et apportent des pluies torrentielles ; en hiver, ils soufflent vers la mer et le temps est sec.

Mis à jour le 4 min de lecture

Pour près de la moitié de l’humanité, la mousson rythme l’année. En Inde, au Bangladesh, en Asie du Sud-Est, en Afrique de l’Ouest, elle apporte en quelques mois l’essentiel des pluies annuelles, dont dépendent les récoltes, les nappes et les réservoirs. Le mot vient de l’arabe mawsim, « saison », par le portugais : les marins arabes utilisaient depuis l’Antiquité ces vents réguliers pour traverser l’océan Indien.

Le mécanisme de la mousson

La mousson repose sur une idée simple : les continents se réchauffent et se refroidissent plus vite que les océans.

Mousson d’été (humide)Mousson d’hiver (sèche)
ContinentTrès chaudFroid
Pression au-dessus du continentBasse (l’air chaud s’élève)Haute (l’air froid s’accumule)
Direction des ventsDe l’océan vers le continentDu continent vers l’océan
Humidité de l’airChargé de vapeur d’eauSec
TempsPluies abondantes, oragesCiel dégagé, sécheresse

En été, l’air humide aspiré depuis l’océan s’élève au-dessus des terres, se refroidit, et sa vapeur se condense en nuages géants qui déversent des pluies torrentielles, surtout contre les reliefs. C’est une brise de mer à l’échelle d’un continent (voir formation du vent).

Ce contraste thermique s’ajoute à un mécanisme planétaire : la zone de convergence intertropicale (ZCIT), ceinture de nuages et de pluies où se rencontrent les alizés des deux hémisphères, se déplace vers le nord en été boréal et vers le sud en hiver. Sur l’Asie du Sud, le réchauffement du plateau tibétain et la barrière de l’Himalaya renforcent fortement le système.

La mousson indienne

C’est la plus célèbre et la plus puissante.

  • L’arrivée : les pluies atteignent le Kerala, à la pointe sud de l’Inde, en moyenne autour du 1er juin, puis progressent vers le nord pour couvrir tout le pays vers la mi-juillet.
  • La saison des pluies : de juin à septembre, la mousson du sud-ouest apporte environ les trois quarts des pluies annuelles de l’Inde.
  • Le retrait : il commence au nord-ouest en septembre et s’achève en octobre.
  • La mousson d’hiver : de décembre à février, les vents soufflent du nord-est ; ils arrosent toutefois le sud-est de l’Inde et le Sri Lanka après avoir traversé le golfe du Bengale.

L’agriculture indienne, notamment le riz, dépend largement de ces pluies. Le département météorologique indien (IMD) publie chaque année des prévisions très suivies (voir Inde).

Les autres moussons

MoussonRégionsSaison des pluies
Asie de l’EstChine du Sud, Corée, JaponJuin-juillet (pluies « Meiyu » en Chine, « Baiu » au Japon)
Asie du Sud-EstThaïlande, Viêt Nam, Philippines, BirmanieMai à octobre selon les régions
Afrique de l’OuestGolfe de Guinée, SahelJuin à septembre, plus courte vers le nord
Australie du NordNord de l’Australie, IndonésieDécembre à mars
Amérique du NordSud-ouest des États-Unis, nord-ouest du MexiqueJuillet à septembre

Au Sahel, la mousson africaine détermine la survie des cultures et des troupeaux. La grande sécheresse des années 1970 et 1980, liée en partie aux températures de surface des océans, a provoqué des famines dramatiques.

Des pluies records

Les contreforts de l’Himalaya, dans l’État indien du Meghalaya, reçoivent les pluies les plus abondantes de la planète, car l’air humide du golfe du Bengale y bute contre les collines.

RecordValeurLieu
Plus forte moyenne annuelleEnviron 11 900 mmMawsynram (Inde)
Plus forte pluie sur 12 mois26 461 mm, d’août 1860 à juillet 1861Cherrapunji (Inde)

À titre de comparaison, il tombe en moyenne environ 640 mm de pluie par an à Paris. Voir aussi records météo mondiaux.

Une mousson variable

D’une année à l’autre, la mousson peut arriver en retard, s’interrompre plusieurs semaines (les « pauses ») ou être trop abondante. Plusieurs facteurs l’influencent :

  • El Niño tend à affaiblir la mousson indienne, et La Niña à la renforcer, sans que ce lien soit systématique (voir El Niño) ;
  • l'oscillation de l’océan Indien (ou dipôle de l’océan Indien) module aussi les pluies ;
  • les aérosols de pollution, en réduisant l’ensoleillement, ont pu affaiblir certaines moussons au XXe siècle.

Les excès de mousson provoquent des inondations meurtrières : au Pakistan en 2022, des pluies exceptionnelles ont inondé une partie considérable du pays, et le Bangladesh connaît régulièrement des crues dévastatrices. Une mousson déficiente entraîne à l’inverse sécheresses et pertes de récoltes.

La mousson et le changement climatique

Selon le sixième rapport du GIEC (2021), les précipitations de mousson devraient augmenter à l’échelle mondiale au cours du XXIe siècle, en particulier en Asie du Sud et du Sud-Est, car un air plus chaud contient davantage de vapeur d’eau. La variabilité d’une année à l’autre devrait aussi s’accroître, avec des épisodes de pluies extrêmes plus fréquents. Au XXe siècle, l’effet des aérosols a pu masquer cette tendance dans certaines régions.

Questions fréquentes

La mousson est-elle un vent ou une pluie ?

Au sens strict, c’est un régime de vents saisonniers. Dans le langage courant, le mot désigne surtout la saison des pluies qu’apportent ces vents en été.

Quand est la mousson en Inde ?

De juin à septembre pour la mousson d’été du sud-ouest, qui apporte l’essentiel des pluies. Le Sud-Est de l’Inde reçoit aussi des pluies d’octobre à décembre.

Y a-t-il une mousson en Europe ?

Pas au sens strict. Certains parlent de « mousson européenne » pour le retour d’un temps frais et pluvieux en juin, mais les vents ne s’inversent pas de façon marquée comme en Asie.

À lire aussi

Terre et climat : toutes les fiches