Sciences · Terre et climat
L’érosion
L’érosion est l’ensemble des phénomènes qui usent les roches et les sols et en emportent les débris. L’eau, le vent, la glace et la gravité en sont les agents ; elle façonne tous les paysages.
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Les montagnes les plus hautes finissent par s’aplanir. Les Alpes, encore jeunes, sont soulevées par la collision des plaques africaine et européenne, mais l’érosion les abaisse sans cesse ; le Massif central et le Massif armoricain sont les restes très usés de chaînes autrefois comparables à l’Himalaya. Entre ces forces qui soulèvent et celles qui rabotent se joue l’histoire du relief terrestre.
Les trois étapes : altération, transport, dépôt
- L’altération prépare le travail. Elle est mécanique quand le gel fait éclater les roches (l’eau infiltrée dans une fissure augmente d’environ 9 % de volume en gelant), quand les écarts de température les fissurent ou que les racines les écartent ; elle est chimique quand l’eau de pluie, légèrement acide, dissout le calcaire et transforme les minéraux, comme les feldspaths du granite, en argiles.
- Le transport : les débris sont emportés par les cours d’eau, le vent, les glaciers ou simplement par la pente.
- Le dépôt (sédimentation) : quand l’agent de transport perd de l’énergie, les débris se déposent, des plus gros aux plus fins : galets, sables, limons, argiles. Accumulés et compactés, ils forment de nouvelles roches sédimentaires.
Les agents de l’érosion
| Agent | Mode d’action | Paysages typiques |
|---|---|---|
| Eau courante (ruissellement, rivières) | Arrache, roule et transporte les débris ; principal agent sur les continents | Vallées en V, canyons, méandres, deltas |
| Eau acide (dissolution) | Dissout le calcaire | Gouffres, grottes, avens, lapiaz : paysages karstiques |
| Mer (vagues, courants) | Sape le pied des falaises, déplace le sable | Falaises, arches, plages, flèches de sable |
| Glace (glaciers) | Rabote, arrache et transporte d’énormes blocs | Vallées en U, cirques, moraines, fjords |
| Vent | Soulève et projette sables et poussières | Dunes, roches sculptées en champignon, déserts de pierres |
| Gravité | Fait tomber ou glisser les matériaux sur les pentes | Éboulis, glissements de terrain, coulées de boue |
| Êtres vivants | Racines, animaux fouisseurs, et surtout activités humaines | Ravinement des sols cultivés |
L’eau, première sculptrice
Les fleuves du monde transportent chaque année vers la mer des milliards de tonnes de sédiments. Le Grand Canyon du Colorado, profond d’environ 1,8 km, a été creusé en quelques millions d’années par la rivière Colorado, à mesure que le plateau se soulevait. En France, les gorges du Verdon ou du Tarn sont des exemples spectaculaires d’incision par les rivières dans le calcaire. Le ruissellement sur des terrains tendres façonne aussi des cheminées de fées, colonnes de terre protégées par un bloc rocheux, comme les Demoiselles coiffées des Hautes-Alpes.
La dissolution : le karst
L’eau de pluie, chargée de dioxyde de carbone, devient un acide faible qui dissout lentement le calcaire. Elle s’infiltre dans les fissures, élargit des conduits et creuse de véritables réseaux souterrains : grottes, rivières souterraines, gouffres. Une grande partie du territoire français est concernée, du Vercors aux Causses, avec des sites comme le gouffre de Padirac (Lot). En retombant dans les grottes, l’eau dépose du calcaire et forme stalactites et stalagmites.
La mer
Les vagues sapent le pied des falaises, qui s’effondrent par pans entiers. Les falaises de craie de Normandie, comme à Étretat, reculent en moyenne de quelques dizaines de centimètres par an, par éboulements brutaux et irréguliers. Les côtes sableuses, comme celles d’Aquitaine, reculent souvent de plusieurs mètres par an. La montée des eaux aggrave cette érosion littorale.
La glace et le vent
Les glaciers sont des agents d’érosion d’une puissance considérable : ils ont creusé la plupart des grandes vallées alpines. Le vent, lui, agit surtout dans les régions sèches et sans végétation. Les poussières du Sahara, soulevées par les tempêtes, traversent l’Atlantique et fertilisent jusqu’à la forêt amazonienne, et colorent parfois le ciel et la neige en France.
L’érosion des sols, un enjeu agricole
Le sol fertile ne forme qu’une mince couche à la surface des continents et se reconstitue extrêmement lentement : il faut souvent des siècles pour produire un centimètre de sol. Or l’érosion peut en emporter autant en une seule forte pluie sur un champ nu. Selon la FAO, l’érosion des sols cultivés dépasse de loin leur vitesse de formation dans de nombreuses régions du monde.
Les causes humaines
- La déforestation et le défrichement, qui privent le sol de la protection des racines et du couvert végétal ;
- les sols laissés nus entre deux cultures, exposés à la pluie et au vent ;
- le labour dans le sens de la pente, qui guide le ruissellement ;
- le surpâturage, qui détruit la végétation ;
- l’imperméabilisation des sols par les routes et les constructions, qui accélère le ruissellement en aval.
Le Dust Bowl, dans les grandes plaines américaines des années 1930, en est l’exemple historique : après le labour intensif des prairies, la sécheresse et le vent ont emporté la terre en immenses tempêtes de poussière, ruinant des centaines de milliers de familles d’agriculteurs.
Les solutions
- Garder les sols couverts toute l’année (cultures intermédiaires, paillage, couverts végétaux) ;
- planter des haies et des bandes enherbées, qui freinent l’eau et le vent ;
- cultiver en terrasses ou suivant les courbes de niveau sur les pentes ;
- limiter le travail du sol (agriculture de conservation) ;
- reboiser les versants les plus exposés, comme l’a fait la France au XIXe siècle avec la politique de restauration des terrains en montagne.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre érosion et altération ?
L’altération désagrège ou transforme la roche sur place (gel, dissolution, transformation chimique). L’érosion inclut l’enlèvement et le transport des débris. Dans le langage courant, le mot « érosion » englobe souvent les deux.
Quelle est la vitesse de l’érosion ?
Elle varie énormément : quelques millimètres par millénaire pour des roches dures en climat sec, plusieurs mètres par an sur une côte sableuse ou dans un ravin creusé dans des terres meubles. À l’échelle des chaînes de montagnes, l’abaissement se mesure en général en dixièmes de millimètre à quelques millimètres par an.
L’érosion peut-elle être utile ?
Oui. Elle libère les éléments minéraux qui nourrissent les sols et les océans, forme les plaines alluviales fertiles, comme celles du Nil ou du Gange, et construit les plages et les deltas. Elle participe au cycle des roches et, en altérant les silicates, à la régulation à long terme du CO2 atmosphérique.