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Psychologie · Développement et personnalité

Le tempérament

Le tempérament regroupe les dispositions de base, en grande partie biologiques, visibles dès les premiers mois : réactivité, activité, attention. Il sert de socle à la personnalité.

Mis à jour le 3 min de lecture

Dès la maternité, les parents le remarquent : certains bébés pleurent beaucoup, d’autres dorment paisiblement ; certains s’agitent au moindre bruit, d’autres observent calmement. Ces différences précoces et relativement durables forment le tempérament. Contrairement à la personnalité, qui se construit avec l’expérience et intègre valeurs et identité, le tempérament désigne le fond biologique de la réactivité et de l’autorégulation.

Des humeurs antiques à la psychologie moderne

L’idée est ancienne. Le médecin grec Hippocrate, puis Galien au IIe siècle, rattachaient le caractère à l’équilibre de quatre « humeurs » corporelles :

TempéramentHumeur dominantePortrait traditionnel
SanguinSangJovial, sociable
FlegmatiqueFlegme (lymphe)Calme, lent
Colérique (bilieux)Bile jauneVif, emporté
MélancoliqueBile noireTriste, réfléchi

La théorie des humeurs est abandonnée depuis longtemps, mais ces mots sont restés dans la langue.

L’étude de Thomas et Chess

En 1956, les psychiatres américains Alexander Thomas et Stella Chess lancent la New York Longitudinal Study, qui suit 133 enfants de la naissance à l’âge adulte. À partir de neuf dimensions (activité, régularité, réaction à la nouveauté, adaptabilité, intensité, humeur, persistance, distractibilité, seuil de réaction), ils décrivent trois profils :

ProfilProportion observéeCaractéristiques
FacileEnviron 40 %Rythmes réguliers, humeur positive, s’adapte vite
DifficileEnviron 10 %Rythmes irréguliers, réactions intenses, lent à s’adapter
Lent à s’adapterEnviron 15 %Réservé face à la nouveauté, mais finit par s’habituer
Non classéEnviron 35 %Mélange de caractéristiques

Leur concept clé est l'ajustement (goodness of fit) : ce qui compte n’est pas le tempérament en soi, mais l’accord entre l’enfant et son environnement. Un enfant très actif s’épanouira avec des parents qui lui offrent de l’espace et souffrira avec des exigences d’immobilité.

L’inhibition comportementale de Kagan

À partir des années 1980, le psychologue Jerome Kagan (Harvard) montre qu’environ 15 à 20 % des nourrissons réagissent fortement à la nouveauté (pleurs, agitation) et deviennent souvent des jeunes enfants inhibés : prudents, réservés face aux inconnus. À l’inverse, d’autres sont très peu réactifs et deviennent des enfants audacieux. L’inhibition est associée à une plus forte réactivité de l’amygdale et à un risque un peu plus élevé d’anxiété sociale plus tard. Mais beaucoup d’enfants inhibés deviennent des adultes peu anxieux : le tempérament oriente, il ne détermine pas. Voir aussi timidité.

Le modèle de Rothbart

Aujourd’hui, le modèle le plus utilisé en recherche, celui de Mary Rothbart, retient trois grandes dimensions :

  1. Extraversion / surgence : recherche de stimulation, activité, émotions positives.
  2. Affectivité négative : tendance à la peur, à la frustration, à la tristesse.
  3. Contrôle volontaire (effortful control) : capacité à orienter son attention et à freiner une réponse dominante, qui progresse fortement entre 2 et 7 ans.

Ces dimensions préfigurent trois des Big Five de l’adulte : extraversion, névrosisme et conscienciosité. Le contrôle volontaire est lié à la maîtrise de soi ultérieure.

Inné ou acquis ?

Le tempérament est en partie héréditaire : les jumeaux identiques se ressemblent davantage que les jumeaux non identiques. Mais il est aussi influencé par l’environnement prénatal et les premières expériences, et il interagit avec l’éducation. Un enfant au tempérament difficile peut susciter des réactions parentales plus dures, qui aggravent ses difficultés ; des parents patients et prévisibles peuvent au contraire l’aider à se réguler.

Tempérament et attachement

Le tempérament influence la façon dont un bébé réagit à la séparation, mais il ne détermine pas son style d’attachement, qui dépend surtout des réponses des parents (voir théorie de l’attachement).

Questions fréquentes

Le tempérament change-t-il avec l’âge ?

Il est modérément stable : un bébé très réactif a plus de chances de devenir un enfant prudent. Mais la stabilité est loin d’être totale, et l’expérience modifie la façon dont le tempérament s’exprime.

Un enfant au tempérament difficile deviendra-t-il un adulte difficile ?

Pas nécessairement. L’ajustement entre l’enfant et son environnement compte davantage que le tempérament de départ.

Quelle différence entre tempérament et caractère ?

Le tempérament renvoie aux dispositions de base, biologiques et précoces ; le caractère, dans l’usage courant, aux traits acquis et à la dimension morale ou volontaire de la personnalité (voir personnalité).

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