Psychologie · Développement et personnalité
Le perfectionnisme
Le perfectionnisme combine des exigences très élevées et une autocritique sévère face à l’erreur. Il est associé à l’anxiété, à la procrastination et à l’épuisement.
Mis à jour le 3 min de lecture
« Mon plus grand défaut ? Je suis perfectionniste. » La réponse classique en entretien d’embauche présente le perfectionnisme comme une qualité déguisée. La recherche en donne une image moins flatteuse. Il ne s’agit pas de vouloir bien faire, mais de ne pas supporter de faire moins que parfait, et d’en faire dépendre sa valeur personnelle.
Exigence saine ou perfectionnisme ?
| Recherche d’excellence | Perfectionnisme |
|---|---|
| Objectifs élevés mais atteignables | Objectifs irréalistes, qui reculent à mesure qu’on avance |
| Plaisir du progrès | Soulagement fugace, puis nouvelle exigence |
| Erreur = information | Erreur = échec personnel, honte |
| Valeur personnelle indépendante du résultat | Valeur personnelle conditionnée par la performance |
| Sait s’arrêter quand c’est « assez bien » | Ne sait jamais quand s’arrêter |
Les trois formes de Hewitt et Flett
En 1991, les psychologues canadiens Paul Hewitt et Gordon Flett décrivent trois dimensions :
- Perfectionnisme orienté vers soi : exiger de soi-même la perfection.
- Perfectionnisme orienté vers les autres : exiger la perfection de son entourage, d’où critiques et conflits.
- Perfectionnisme socialement prescrit : croire que les autres attendent de soi la perfection et qu’on ne sera accepté qu’à cette condition.
La troisième forme est la plus fortement liée à la détresse : anxiété, dépression, idées suicidaires.
D’autres chercheurs, comme Joachim Stoeber, distinguent les aspirations perfectionnistes (viser haut), dont les effets sont mitigés, et les préoccupations perfectionnistes (peur de l’erreur, doute, autocritique), nettement néfastes.
Un phénomène en hausse
En 2019, Thomas Curran et Andrew Hill ont publié une méta-analyse portant sur plus de 40 000 étudiants américains, canadiens et britanniques interrogés entre 1989 et 2016. Les trois formes de perfectionnisme ont augmenté, et surtout le perfectionnisme socialement prescrit, en nette hausse. Les auteurs y voient l’effet d’une compétition scolaire et sociale accrue, et de la comparaison permanente sur les réseaux sociaux.
Les conséquences
- Procrastination : ne pas commencer protège de l’échec. Le perfectionniste attend le moment idéal ou l’idée parfaite.
- Épuisement : heures supplémentaires, vérifications répétées, impossibilité de déléguer, risque de burn-out.
- Anxiété et dépression, troubles alimentaires, insomnie.
- Honte face à la moindre erreur, et difficulté à recevoir un compliment.
- Performances pas forcément meilleures : les méta-analyses ne trouvent qu’un lien faible entre perfectionnisme et réussite au travail.
- Un terrain propice au syndrome de l’imposteur.
D’où vient-il ?
Il n’a pas de cause unique. On retrouve souvent :
- un tempérament anxieux, consciencieux ;
- une éducation où l’amour ou l’approbation semblaient dépendre des résultats, ou des parents eux-mêmes très critiques ;
- des milieux très compétitifs (classes préparatoires, sport de haut niveau, certaines professions) ;
- l'imitation de modèles perfectionnistes.
Comment sortir du perfectionnisme
Les thérapies cognitivo-comportementales sont efficaces, y compris sous forme d’autothérapie guidée. Leurs outils principaux :
- Mesurer le coût : lister ce que coûte le perfectionnisme (temps, sommeil, relations) et ce qu’il rapporte vraiment.
- Fixer des critères « assez bien » avant de commencer : durée maximale, nombre de relectures, niveau de détail suffisant.
- Expériences comportementales : envoyer volontairement un courriel avec une petite imperfection, rendre un travail à 90 %, et observer les conséquences réelles (presque toujours nulles).
- Remettre en question les pensées en tout ou rien : « si ce n’est pas parfait, c’est nul ».
- Dissocier la valeur personnelle de la performance, travail qui rejoint l'estime de soi.
- Pratiquer l’autocompassion : se parler comme à un ami qui a fait une erreur.
Questions fréquentes
Le perfectionnisme est-il un trouble ?
Non, c’est un trait de personnalité. Il n’est pas un diagnostic, mais il est un facteur de risque de plusieurs troubles (anxiété, dépression, troubles alimentaires, troubles obsessionnels).
Le perfectionnisme a-t-il des avantages ?
Viser haut peut aider à s’engager et à persévérer. Mais les bénéfices disparaissent quand s’ajoutent la peur de l’erreur et l’autocritique.
Comment aider un enfant perfectionniste ?
Valoriser l’effort et les progrès plutôt que les notes, montrer que l’on fait soi-même des erreurs et qu’on les répare, et éviter les comparaisons.