Aller au contenu
connaissance.org

Psychologie · Développement et personnalité

Les stades d’Erikson

Erik Erikson décrit le développement humain en huit stades, de la naissance à la vieillesse, chacun marqué par une crise psychosociale, comme « identité contre confusion » à l’adolescence.

Mis à jour le 4 min de lecture

Erik Erikson (1902-1994), psychanalyste américain d’origine allemande, a été formé à Vienne dans l’entourage d’Anna Freud. Émigré aux États-Unis en 1933, il élargit la théorie freudienne dans deux directions : il met l’accent sur les relations sociales et la culture plutôt que sur la sexualité, et il étend le développement à toute la vie, jusqu’à la vieillesse. Il expose son modèle dans Enfance et société (1950). C’est à lui que l’on doit l’expression « crise d’identité ».

Les huit stades

StadeÂge indicatifCriseVertu si issue favorable
10 à 1 anConfiance contre méfianceEspoir
21 à 3 ansAutonomie contre honte et douteVolonté
33 à 6 ansInitiative contre culpabilitéDétermination (but)
46 à 12 ansTravail (industrie) contre inférioritéCompétence
5AdolescenceIdentité contre confusion des rôlesFidélité
6Jeune adulteIntimité contre isolementAmour
7Âge adulteGénérativité contre stagnationSollicitude
8VieillesseIntégrité contre désespoirSagesse

1. Confiance contre méfiance (0-1 an)

Si les soins sont fiables et chaleureux, le nourrisson acquiert une confiance de base dans le monde et dans les autres. L’idée rejoint la théorie de l’attachement, formulée à la même époque.

2. Autonomie contre honte et doute (1-3 ans)

L’enfant apprend à marcher, à être propre, à dire « non ». Encouragé, il gagne en autonomie ; trop contrôlé ou humilié, il doute de lui (voir honte et culpabilité).

3. Initiative contre culpabilité (3-6 ans)

L’enfant entreprend, imagine, pose des questions. S’il est sans cesse réprimandé, il risque de se sentir coupable de ses désirs d’agir.

4. Travail contre infériorité (6-12 ans)

À l’école, l’enfant apprend à produire et à être reconnu pour ses réalisations. Des échecs répétés ou des comparaisons défavorables nourrissent un sentiment d’infériorité.

5. Identité contre confusion des rôles (adolescence)

L’adolescent cherche qui il est : valeurs, orientation, appartenances, projets. Il essaie différents rôles avant de s’engager. Erikson parle de moratoire pour cette période d’exploration socialement tolérée (voir crise d’adolescence).

6. Intimité contre isolement (jeune adulte)

Une identité suffisamment affermie permet de s’engager dans une relation proche sans craindre de s’y perdre.

7. Générativité contre stagnation (âge adulte)

L’adulte s’investit dans ce qui lui survivra : enfants, transmission, travail, engagement. À défaut, il risque de se replier sur lui-même.

8. Intégrité contre désespoir (vieillesse)

En regardant sa vie, la personne âgée peut l’accepter comme ayant eu un sens, ou éprouver regrets et peur de la mort.

Le développement de l’identité : les statuts de Marcia

Le psychologue James Marcia a rendu le cinquième stade testable en 1966, en croisant deux dimensions : avoir exploré des options, et s’être engagé.

StatutExplorationEngagementExemple
Identité diffuseNonNon« Je ne sais pas, ça m’est égal »
Identité forcloseNonOuiReprendre le métier de ses parents sans s’interroger
MoratoireOui, en coursNonEssayer plusieurs voies
Identité réaliséeOuiOuiChoisir après réflexion

Les études montrent que ces statuts évoluent bien au-delà de l’adolescence, souvent jusqu’à la vingtaine et plus.

Les apports et les limites du modèle

Apports

  • Une vision du développement sur toute la vie, qui a nourri la psychologie du vieillissement.
  • L’attention portée au contexte social et culturel.
  • Une grille de lecture intuitive, très utilisée en éducation, en travail social et en soins.

Limites

  • Peu testé empiriquement dans son ensemble : seuls certains stades, comme l’identité, ont donné lieu à des mesures solides.
  • Un ordre et des âges discutables : l’intimité peut précéder l’identité, notamment chez beaucoup de femmes, comme l’ont souligné des critiques dès les années 1970.
  • Un modèle marqué par son époque et par la société américaine du milieu du XXe siècle.
  • Les crises ne sont pas des épreuves qui se résolvent une fois pour toutes : Erikson lui-même admettait qu’elles réapparaissent tout au long de la vie.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la crise d’identité selon Erikson ?

C’est la période, surtout à l’adolescence, où la personne s’interroge sur ce qu’elle est et veut devenir. Pour Erikson, elle est normale et nécessaire ; elle ne désigne pas forcément un état de détresse.

Combien de stades Erikson décrit-il ?

Huit. Sa femme et collaboratrice Joan Erikson a proposé après sa mort un neuvième stade pour le très grand âge.

Quelle différence avec les stades de Piaget ?

Piaget décrit le développement de l’intelligence jusqu’à l’adolescence ; Erikson décrit le développement de la personnalité et des relations sur toute la vie.

À lire aussi

Développement et personnalité : toutes les fiches