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Psychologie · Émotions

La pensée positive et ses limites

Un optimisme réaliste est associé à une meilleure santé et à plus de persévérance. Mais les affirmations positives, la visualisation du succès et la « loi de l’attraction » ont des effets nuls, voire contraires.

Mis à jour le 4 min de lecture

La pensée positive désigne un ensemble de méthodes de développement personnel qui consistent à se concentrer sur le bon côté des choses, à se répéter des affirmations encourageantes et à imaginer sa réussite. Le pasteur américain Norman Vincent Peale l’a popularisée avec The Power of Positive Thinking (1952), après la « méthode Coué » d’autosuggestion du pharmacien français Émile Coué dans les années 1920. La recherche distingue nettement ce qui fonctionne de ce qui relève du mythe.

Ce qui marche : l’optimisme réaliste

Les optimistes, mesurés par des questionnaires comme le LOT (Scheier et Carver, 1985), ont en moyenne :

  • une meilleure santé cardiovasculaire et une mortalité un peu plus faible, selon de grandes études de cohorte ;
  • davantage de persévérance face aux difficultés ;
  • des stratégies d’adaptation plus actives (chercher des solutions plutôt qu’éviter).

Ces liens sont des corrélations : l’optimisme est aussi favorisé par une meilleure situation sociale et de santé. Surtout, l’optimisme bénéfique est réaliste : il croit que les efforts peuvent payer, il ne nie pas les obstacles.

Ce qui ne marche pas, ou se retourne

Les affirmations positives

En 2009, Joanne Wood et ses collègues ont demandé à des personnes de se répéter « je suis quelqu’un d’aimable ». Chez celles qui avaient une faible estime de soi, l’humeur et l’image d’elles-mêmes se sont dégradées : une affirmation trop éloignée de ce que l’on croit active les contre-arguments. Chez celles qui avaient déjà une bonne estime de soi, l’effet était faible.

Visualiser son succès

La psychologue Gabriele Oettingen a montré dans de nombreuses études que fantasmer un avenir idéal (décrocher le poste, perdre du poids, séduire quelqu’un) est associé à de moins bons résultats : moins d’effort, moins de candidatures envoyées, moins de kilos perdus. Le cerveau goûte la réussite à l’avance et se mobilise moins.

La « loi de l’attraction »

Popularisée par le livre et le film The Secret (2006), elle prétend que les pensées attirent les événements correspondants (penser à l’argent attirerait l’argent). Elle n’a aucun fondement scientifique et repose sur des biais de confirmation : on retient les coïncidences favorables et l’on oublie les autres. Elle a aussi une conséquence morale gênante : si l’on attire ce qui nous arrive, la personne malade ou pauvre serait responsable de son sort.

La positivité toxique

On parle de positivité toxique pour l’injonction à rester positif en toute circonstance : « vois le bon côté », « il y a pire », « reste positif ». Elle :

  • invalide les émotions désagréables pourtant normales (deuil, peur, colère légitime) ;
  • isole la personne qui souffre, qui n’ose plus en parler ;
  • renforce paradoxalement les émotions refoulées (effet rebond de la suppression, voir régulation émotionnelle).

La journaliste Barbara Ehrenreich a décrit dans Bright-Sided (2009) la pression à la positivité subie par les patientes atteintes d’un cancer du sein.

Le pessimisme défensif

Certaines personnes anxieuses réussissent mieux en imaginant ce qui pourrait mal tourner pour s’y préparer. Les psychologues Julie Norem et Nancy Cantor ont décrit ce « pessimisme défensif » en 1986 : chez ces personnes, forcer l’optimisme fait baisser la performance.

Que retenir ?

UtileInutile ou nuisible
S’attendre à pouvoir progresser par l’effortSe répéter des affirmations auxquelles on ne croit pas
Imaginer les obstacles et un plan pour les surmonterVisualiser seulement le succès
Remarquer ce qui va bien (gratitude)Nier ce qui va mal
Accueillir ses émotions négativesInterdire la tristesse ou la colère
Réévaluer une situation de façon réalisteCroire que les pensées attirent les événements

Questions fréquentes

La méthode Coué fonctionne-t-elle ?

L’autosuggestion peut produire un léger effet d’attente, proche de l'effet placebo. Les affirmations répétées n’ont pas d’effet démontré sur la réussite et peuvent nuire aux personnes peu sûres d’elles.

Être optimiste, est-ce être naïf ?

Non, si l’optimisme reste réaliste. Le « biais d’optimisme » qui fait sous-estimer les risques (accident, maladie) est en revanche une source d’erreurs.

Comment soutenir quelqu’un sans positivité toxique ?

Écouter et reconnaître sa difficulté (« c’est dur, je comprends que tu sois triste ») avant toute suggestion. Voir écoute active.

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