Psychologie · Émotions
La joie
La joie est une émotion positive brève, déclenchée par un événement heureux. Elle diffère du bonheur, plus durable, et du plaisir, plus sensoriel, et favorise l’ouverture aux autres.
Mis à jour le 3 min de lecture
La joie est une émotion agréable, intense et de courte durée, provoquée par un événement favorable : une réussite, une retrouvaille, une bonne nouvelle, un moment partagé. Elle fait partie des six émotions de base de Paul Ekman et c’est la plus facile à reconnaître sur un visage : le sourire est identifié dans toutes les cultures étudiées.
Joie, plaisir, bonheur : les différences
| Notion | Nature | Durée | Exemple |
|---|---|---|---|
| Plaisir | Sensation agréable, souvent corporelle | Très brève | Manger un fruit mûr |
| Joie | Émotion liée à un événement | Minutes, heures | Apprendre sa réussite à un examen |
| Bonheur | État global de satisfaction de la vie | Durable | Se sentir épanoui dans ses relations et son travail |
Les philosophes ont longtemps distingué ces notions : pour Spinoza, la joie est le passage à une « plus grande perfection », une augmentation de la puissance d’agir. Voir aussi le bonheur en philosophie et sa version scientifique, la psychologie du bonheur.
Ce qui se passe dans le cerveau
On attribue souvent la joie à la dopamine, présentée comme « l’hormone du plaisir ». C’est inexact. Les travaux du neuroscientifique Kent Berridge ont montré que la dopamine est surtout liée au désir et à la motivation (« vouloir »), tandis que le plaisir ressenti (« aimer ») dépend de petits « points chauds » cérébraux qui font intervenir les opioïdes et les endocannabinoïdes naturels. La sérotonine, l’ocytocine (lien social) et les endorphines (effort physique, rire) participent aussi aux émotions positives. Aucune molécule n’est à elle seule « la joie ».
Le vrai et le faux sourire
Au XIXe siècle, le médecin Guillaume Duchenne de Boulogne a observé, en stimulant électriquement les muscles du visage, qu’un sourire sincère mobilise non seulement les commissures des lèvres (muscle grand zygomatique), mais aussi les muscles autour des yeux (orbiculaire), qui plissent les paupières et forment des « pattes d’oie ». On parle de sourire de Duchenne. Il est plus difficile, mais pas impossible, à produire volontairement.
À quoi sert la joie ?
Selon la théorie « élargir et construire » de la psychologue Barbara Fredrickson (1998), les émotions positives ont une fonction différente des émotions négatives. La peur ou la colère rétrécissent l’attention sur une action précise ; la joie, elle :
- élargit l’attention et la pensée : plus de curiosité, d’idées, d’envie d’explorer ;
- construit des ressources durables : liens sociaux, compétences, connaissances ;
- aide à récupérer plus vite après un stress.
L’idée générale est bien soutenue ; certaines déclinaisons chiffrées, comme un « ratio » idéal de trois émotions positives pour une négative, ont été réfutées et retirées.
La joie est contagieuse
On rit environ trente fois plus en groupe que seul, selon les observations du chercheur Robert Provine, et l’on « attrape » facilement la bonne humeur d’autrui. Les grandes études longitudinales montrent aussi que le bien-être se diffuse en partie dans les réseaux d’amis, même si l’ampleur de cet effet est débattue.
Ce qui procure le plus de joie au quotidien
Les études qui interrogent les gens plusieurs fois par jour (méthode d’échantillonnage de l’expérience) convergent :
- les moments partagés avec des proches arrivent en tête ;
- l'activité physique, la nature, la musique et le jeu suivent ;
- les expériences procurent une joie plus durable que les achats d’objets ;
- donner (temps, aide, argent) rend plus joyeux que dépenser pour soi ;
- l’esprit qui vagabonde est associé à une humeur plus basse que l’attention à ce que l’on fait (voir pleine conscience).
Savourer consciemment les bons moments, les raconter et exprimer sa gratitude prolongent l’émotion.
Questions fréquentes
Pourquoi pleure-t-on de joie ?
Les larmes accompagnent toute émotion très intense, positive ou négative. Elles pourraient aider à retrouver l’équilibre après une forte excitation et signalent aux autres l’importance du moment.
Peut-on être joyeux et triste à la fois ?
Oui. Les émotions mixtes sont fréquentes : remise de diplôme qui marque la fin d’une période, retrouvailles après une longue séparation. Elles se développent avec l’âge.
La joie se commande-t-elle ?
Pas directement. On peut en revanche multiplier les occasions de joie (voir des proches, bouger, faire ce qui a du sens) et apprendre à les remarquer.