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Psychologie · Émotions

La psychologie du bonheur

Pour la psychologie, le bonheur se mesure comme bien-être subjectif : satisfaction de vie et émotions positives. Les relations en sont le facteur le plus constant.

Mis à jour le 4 min de lecture

La question du bonheur, longtemps réservée aux philosophes (voir le bonheur en philosophie), est devenue un objet de recherche empirique à partir des années 1960-1970. Les psychologues ne définissent pas ce qu’est une vie heureuse ; ils mesurent comment les gens évaluent leur vie et ce qu’ils ressentent au quotidien, puis cherchent ce qui fait varier ces mesures.

Deux façons de mesurer le bonheur

ApprocheCe qu’on mesureExemple de question
ÉvaluativeSatisfaction de vie« Sur une échelle de 0 à 10, êtes-vous satisfait de votre vie ? »
Expérientielle (hédonique)Émotions ressenties sur le moment« Comment vous sentez-vous en ce moment ? » (plusieurs fois par jour)
EudémoniqueSens, accomplissement, autonomie« Ce que je fais a-t-il du sens ? »

Ces mesures ne coïncident pas toujours : avoir de jeunes enfants diminue souvent le plaisir moment par moment mais pas le sentiment que la vie a du sens.

Ce qui est associé au bonheur

Les relations sociales

C’est le résultat le plus constant. L'étude de Harvard sur le développement adulte, qui suit des hommes depuis 1938, puis leurs descendants, conclut que la qualité des relations prédit mieux la santé et le bien-être à 80 ans que le niveau de cholestérol à 50 ans. Se sentir seul est l’un des plus forts prédicteurs de mal-être. Voir se faire des amis à l’âge adulte.

L’argent : il compte, mais avec des nuances

  • Entre pays, les plus riches sont en moyenne plus satisfaits.
  • Le paradoxe d’Easterlin (1974) : dans un même pays, la hausse du revenu moyen sur des décennies ne s’accompagne pas toujours d’une hausse du bonheur moyen. Il reste discuté.
  • En 2010, Daniel Kahneman et Angus Deaton trouvaient que les émotions quotidiennes cessaient de s’améliorer au-delà d’environ 75 000 dollars par an aux États-Unis. Une étude commune de 2023 (Killingsworth, Kahneman et Mellers) a corrigé ce résultat : pour la majorité, le bien-être continue de croître avec le revenu ; le plafond n’existe que pour une minorité malheureuse.
  • L’argent rend plus heureux quand il est dépensé en expériences, en temps libéré ou pour les autres.

La santé, le travail et le sens

Le chômage a un effet négatif durable, au-delà de la perte de revenu. La santé, surtout mentale, l’autonomie et le sentiment que ce que l’on fait a du sens sont fortement liés à la satisfaction de vie (voir valeurs personnelles).

L’adaptation hédonique

On s’habitue vite aux changements, bons ou mauvais. Une étude célèbre de 1978 (Brickman et ses collègues) comparait des gagnants du loto à des personnes devenues paraplégiques : un an après, les écarts de bonheur étaient bien plus faibles que prévu. Les recherches ultérieures nuancent : on s’adapte au mariage ou à une augmentation, mais imparfaitement au chômage, au handicap sévère ou au veuvage. Nous surestimons l’impact durable des événements futurs sur notre humeur : c’est le biais de prévision affective.

Le bonheur est-il génétique ?

Les études de jumeaux attribuent environ 30 à 40 % des différences de bien-être entre individus aux gènes, ce qui laisse une large place à l’environnement. Le célèbre « camembert » de Sonja Lyubomirsky (2005), selon lequel 50 % du bonheur serait génétique, 10 % dû aux circonstances et 40 % aux activités volontaires, a été critiqué pour son calcul : ces chiffres ne doivent pas être pris à la lettre.

La psychologie positive

Lancée en 1998 par Martin Seligman, alors président de l’Association américaine de psychologie, la psychologie positive étudie ce qui fait fonctionner les personnes, et pas seulement leurs troubles. Seligman a proposé le modèle PERMA : émotions positives, engagement, relations, sens, accomplissement. Les interventions issues de ce courant (gratitude, actes de gentillesse, identification des forces) ont des effets réels mais modestes, souvent inférieurs aux promesses de la vulgarisation.

Le classement des pays les plus heureux

Le World Happiness Report, publié chaque année depuis 2012, classe les pays d’après la satisfaction de vie déclarée (échelle de 0 à 10). Les pays nordiques occupent régulièrement les premières places, la Finlande en tête depuis 2018. Les facteurs explicatifs retenus : revenu, espérance de vie en bonne santé, soutien social, liberté, générosité, faible corruption.

Questions fréquentes

À quel âge est-on le plus heureux ?

De nombreuses études observent une courbe en U : la satisfaction baisse jusqu’à la quarantaine ou la cinquantaine, puis remonte. Cette courbe est débattue et varie selon les pays et les méthodes.

Les gens mariés sont-ils plus heureux ?

En moyenne un peu, mais l’effet dépend surtout de la qualité de la relation. Une relation conflictuelle est associée à moins de bien-être que le célibat.

Peut-on devenir durablement plus heureux ?

Oui, dans une certaine mesure : investir dans ses relations, être actif, s’engager dans des activités qui ont du sens et prendre soin de sa santé mentale ont des effets mesurables, même si chacun garde une sorte de niveau de base.

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