Psychologie · Émotions
L’empathie
L’empathie est la capacité à comprendre ce qu’une autre personne pense et ressent, et à partager en partie ses émotions. Elle comporte une dimension cognitive et une dimension affective, distinctes de la compassion.
Mis à jour le 4 min de lecture
L'empathie désigne la capacité à se représenter l’état mental d’autrui et à être touché par ce qu’il vit, tout en sachant que ces émotions sont les siennes et non les nôtres. Le mot, formé à partir du grec en (« dans ») et pathos (« ce que l’on éprouve »), a été créé au début du XXe siècle pour traduire l’allemand Einfühlung, « ressentir en ». C’est l’un des fondements de la vie sociale, mais aussi une notion souvent mal comprise.
Les trois composantes de l’empathie
| Composante | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Empathie cognitive | Comprendre ce que l’autre pense ou ressent | Deviner qu’un collègue est inquiet avant sa présentation |
| Empathie affective (ou émotionnelle) | Ressentir en écho une émotion proche de la sienne | Avoir la gorge serrée en voyant quelqu’un pleurer |
| Compassion (ou souci empathique) | Éprouver de la sollicitude et vouloir aider | Proposer son aide à la personne en détresse |
L’empathie cognitive repose sur la théorie de l’esprit, qui se met en place chez l’enfant vers 4 ans. Les trois composantes peuvent être dissociées : une personne manipulatrice peut comprendre très bien les émotions d’autrui sans les partager ni s’en soucier.
Empathie et compassion : une distinction importante
Les travaux de la neuroscientifique Tania Singer et de son équipe ont montré que partager la souffrance d’autrui active des régions cérébrales liées à la douleur et peut conduire à la détresse empathique : on souffre avec l’autre au point de vouloir s’éloigner. La compassion, elle, active des circuits liés à l’affiliation et à la motivation, et s’accompagne d’émotions positives. Dans leurs études, un entraînement à la compassion réduisait la détresse tout en augmentant l’envie d’aider.
Les neurones miroirs expliquent-ils l’empathie ?
Les neurones miroirs ont été découverts au début des années 1990 chez le macaque par l’équipe de Giacomo Rizzolatti à Parme : ils s’activent quand le singe fait un geste et quand il voit un autre le faire. On en a rapidement fait la base de l’empathie, de l’imitation et du langage. Cette hypothèse a été largement exagérée : chez l’humain, ces neurones ne peuvent être étudiés qu’indirectement, et comprendre les émotions d’autrui mobilise de vastes réseaux cérébraux, bien au-delà d’un « système miroir ».
Les limites de l’empathie
Le psychologue Paul Bloom (Against Empathy, 2016) a souligné que l’empathie affective est :
- partiale : on la ressent davantage pour ceux qui nous ressemblent, nos proches, les victimes identifiables ;
- innumérique : une victime au visage connu émeut plus que des milliers de victimes anonymes ;
- manipulable : elle peut être utilisée pour susciter la haine d’un groupe accusé d’avoir fait souffrir « l’un des nôtres ».
Sa conclusion, discutée, est que la compassion raisonnée est un meilleur guide moral que la contagion émotionnelle.
L’empathie est-elle innée ?
Les nouveau-nés pleurent davantage en entendant un autre bébé pleurer, ce qui suggère une contagion émotionnelle précoce. Les comportements d’aide spontanée apparaissent vers 14-18 mois. L’empathie dépend ensuite du tempérament, de l’éducation (parents qui nomment les émotions et y répondent) et de l’expérience. Les différences moyennes entre femmes et hommes sont nettes dans les questionnaires, beaucoup plus faibles dans les mesures objectives.
Comment développer son empathie
- Écouter vraiment, sans préparer sa réponse ni ramener la conversation à soi : voir écoute active.
- Poser des questions ouvertes plutôt que supposer : « comment l’as-tu vécu ? ».
- Reformuler ce que l’on a compris de l’émotion de l’autre et le laisser corriger.
- S’exposer à d’autres vécus : lecture de fiction, rencontres hors de son milieu. Les études suggèrent un effet positif modeste de la lecture de romans sur la compréhension d’autrui.
- Pratiquer la compassion envers soi et les autres, notamment par la méditation dite de bienveillance.
La communication non violente propose un cadre pour exprimer l’empathie au quotidien.
Questions fréquentes
Peut-on avoir trop d’empathie ?
Une empathie affective très forte, sans distance, expose à la détresse et à l’épuisement. L’enjeu n’est pas d’en avoir moins, mais de la transformer en compassion active tout en préservant ses limites.
Les personnes autistes manquent-elles d’empathie ?
C’est un cliché. Beaucoup ont des difficultés à décoder les signaux sociaux (empathie cognitive), mais ressentent les émotions d’autrui, parfois intensément. La difficulté est souvent réciproque : les personnes non autistes comprennent mal les personnes autistes.
Empathie et sympathie, quelle différence ?
La sympathie est un sentiment de bienveillance ou d’accord envers quelqu’un, parfois de pitié. L’empathie consiste à se représenter de l’intérieur ce qu’il vit, sans forcément l’approuver.