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Langue française · Étymologie

Les mots français d’origine anglaise

Le français emprunte à l’anglais surtout depuis le XVIIIe siècle : politique, transports, sport, puis économie et numérique. Beaucoup de ces mots étaient d’anciens mots français passés en Angleterre après 1066.

Mis à jour le 3 min de lecture

Les mots français d’origine anglaise sont aujourd’hui la principale source d’emprunts du français. Mais l’histoire des échanges entre les deux langues est d’abord celle d’un mouvement inverse : après la conquête normande de l’Angleterre en 1066, le français (anglo-normand) devient pendant trois siècles la langue de la cour, de la justice et de l’administration anglaises, et lègue à l’anglais une part considérable de son vocabulaire. Une partie de ces mots est ensuite revenue en France, transformée.

L’aller : du français vers l’anglais

Après la bataille d’Hastings (1066), Guillaume le Conquérant et l’aristocratie normande imposent leur langue en Angleterre. L’anglais reçoit alors des milliers de mots français, notamment dans les domaines du pouvoir, du droit, de l’armée, de la religion et de la gastronomie.

DomaineMots anglais d’origine française
Pouvoir et droitgovernment, parliament, court, justice, jury, judge, verdict
Arméearmy, battle, soldier, peace
Tablebeef (bœuf), pork (porc), mutton (mouton), veal (veau)
Vie courantechair, table, flower, very (de verai, vrai)

La distinction célèbre entre l’animal vivant, nommé d’un mot anglais (cow, pig, sheep), et sa viande servie à table, nommée d’un mot français (beef, pork, mutton), reflète la société de l’époque : les paysans anglo-saxons élevaient les bêtes, l’aristocratie normande les mangeait. Les estimations de la part du vocabulaire anglais d’origine française varient, mais elle est très importante.

Le retour : de l’anglais vers le français

XVIIIe siècle : l’anglomanie

Au siècle des Lumières, le modèle politique britannique fascine (Montesquieu, Voltaire). Le français emprunte le vocabulaire de la vie parlementaire et de la sociabilité :

MotRemarque
budgetde l’ancien français bougette, « petit sac, bourse »
juryde l’ancien français juree, « serment, enquête »
clubcercle politique ou de loisir
comitéde committee
vote, votervocabulaire parlementaire
redingotede riding-coat, « manteau pour monter à cheval »
boulingrinde bowling-green, pelouse
rosbif, bifteckde roast beef, beefsteak

XIXe siècle : transports et sports

La révolution industrielle, née en Angleterre (voir la révolution industrielle), apporte le vocabulaire du chemin de fer et de la navigation : wagon, rail, tunnel (de l’ancien français tonnelle), tender, tramway, paquebot (de packet-boat). L’essor des sports modernes, codifiés en Angleterre, introduit sport (de l’ancien français desport, « divertissement »), football, match, record, boxe, golf et tennis, dont le nom est souvent rattaché à l’impératif tenez ! lancé au jeu de paume.

XXe-XXIe siècle : économie, culture et numérique

L’influence américaine domine : week-end, parking, camping, marketing, manager, stress, jazz, rock, e-mail, streaming. Le dispositif officiel d’enrichissement de la langue propose des équivalents (courriel, logiciel, baladeur, mot-dièse), dont certains se sont imposés (logiciel, ordinateur) et d’autres moins.

Les allers-retours

Ancien françaisPassage en anglaisRetour en français
bougette (petite bourse)budgetbudget (XVIIIe siècle)
tonnelletunneltunnel (XIXe siècle)
desport (divertissement)sportsport (XIXe siècle)
humeurhumourhumour (sens nouveau : esprit plaisant)
chalenge (contestation)challengechallenge (XIXe-XXe siècle)
tenez ! (au jeu de paume)tennistennis

Ces mots ont souvent changé de sens pendant leur séjour outre-Manche : ce sont des cousins, et parfois des faux amis.

Questions fréquentes

Depuis quand le français emprunte-t-il à l’anglais ?

Quelques emprunts sont anciens, mais le mouvement prend de l’ampleur au XVIIIe siècle (vie politique), s’amplifie au XIXe (industrie, sport) et domine au XXe siècle avec l’influence américaine.

L’anglais vient-il du français ?

Non : l’anglais est une langue germanique. Mais il a emprunté au français une très grande part de son vocabulaire après 1066, ce qui explique sa proximité lexicale avec le français.

Faut-il éviter les mots d’origine anglaise ?

Les emprunts anciens et intégrés (tunnel, sport, club) sont parfaitement corrects. On recommande en revanche d’éviter les anglicismes récents lorsqu’un mot français précis existe. Voir les anglicismes à éviter.

Pourquoi les Anglais disent-ils « to take French leave » ?

C’est l’équivalent inversé de notre filer à l’anglaise : chacun prête à l’autre l’habitude de partir sans saluer.

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