Sciences · Terre et climat
La sécheresse
Une sécheresse est une période prolongée de manque d’eau par rapport à la normale. Elle commence par un déficit de pluie, puis touche les sols, les rivières et les nappes souterraines.
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La sécheresse n’est pas l’aridité. Un désert est aride en permanence ; une sécheresse est une anomalie, un déficit par rapport à ce qui est habituel dans une région. Elle peut frapper la Bretagne comme le Sahel. Elle s’installe lentement, sans date de début nette, et peut durer des mois ou des années. C’est l’un des aléas naturels les plus coûteux, par ses effets sur l’agriculture, l’eau potable, les forêts et les bâtiments.
Les quatre types de sécheresse
| Type | Définition | Indicateur | Délai |
|---|---|---|---|
| Météorologique | Déficit de précipitations | Cumul de pluie par rapport à la normale (indice SPI) | Quelques semaines |
| Agricole (ou des sols) | Sols trop secs pour la végétation | Humidité des sols superficiels | Quelques semaines à quelques mois |
| Hydrologique | Débits des rivières et niveaux des nappes anormalement bas | Débits, niveaux piézométriques | Plusieurs mois |
| Socio-économique | Demande en eau supérieure à la ressource disponible | Restrictions, pénuries | Variable |
Ces sécheresses s’enchaînent : un printemps sans pluie dessèche d’abord les sols, puis les rivières faiblissent en été, et les nappes phréatiques, mal rechargées pendant l’hiver, restent basses l’année suivante.
Les causes
Les causes météorologiques
- Un anticyclone persistant qui bloque l’arrivée des perturbations (voir anticyclone et dépression).
- Des températures élevées qui accélèrent l’évaporation et la transpiration des plantes : la chaleur « assèche » même sans baisse des pluies.
- Des anomalies océaniques comme El Niño, qui déplacent les zones de pluie à l’échelle mondiale : sécheresses en Australie, en Indonésie ou en Afrique australe.
Les rétroactions
Un sol sec renvoie moins d’humidité dans l’air et se réchauffe davantage : la sécheresse et la chaleur s’alimentent mutuellement (voir canicule).
Les facteurs humains
Les prélèvements pour l’irrigation, l’industrie et l’eau potable aggravent les effets d’une sécheresse sur les rivières et les nappes. L’imperméabilisation des sols, le drainage des zones humides et certaines pratiques agricoles réduisent l’infiltration.
La sécheresse en France
Le suivi repose sur Météo-France (pluies, humidité des sols), le BRGM (nappes) et les services de l’État (débits).
| Épisode | Fait marquant |
|---|---|
| 1976 | Sécheresse historique du printemps et de l’été, qui conduit à créer un « impôt sécheresse » |
| 1989-1991 | Sécheresse pluriannuelle, en particulier dans le Sud et l’Ouest |
| 2003 | Sécheresse associée à la canicule d’août |
| 2011 | Printemps exceptionnellement sec |
| 2022 | Sécheresse des sols parmi les plus sévères jamais mesurées, combinée à des records de chaleur ; nombreuses rivières à sec |
| Hiver 2023 | 32 jours consécutifs sans pluie significative à l’échelle du pays, du 21 janvier au 21 février, un record depuis le début des mesures |
Les restrictions d’eau
Quand la ressource baisse, les préfets prennent des arrêtés sécheresse, consultables sur le site gouvernemental VigiEau. Ils comportent quatre niveaux :
| Niveau | Mesures typiques |
|---|---|
| Vigilance | Sensibilisation, incitation aux économies |
| Alerte | Interdiction d’arroser les jardins et de laver les voitures à certaines heures, réduction des prélèvements agricoles |
| Alerte renforcée | Restrictions plus fortes, interdiction de remplir les piscines |
| Crise | Seuls les usages prioritaires sont autorisés : santé, sécurité civile, eau potable, salubrité |
Les fissures des maisons
En séchant, les sols argileux se rétractent, puis gonflent lorsqu’ils se réhumidifient. Ce retrait-gonflement des argiles fissure les murs des maisons aux fondations peu profondes. Selon les données publiques, environ 48 % du territoire métropolitain est exposé à un aléa moyen ou fort, et plus de 10 millions de maisons individuelles sont concernées. C’est devenu l’un des premiers postes d’indemnisation du régime des catastrophes naturelles.
Les conséquences
- Agriculture : baisse des rendements, manque de fourrage pour les éleveurs, irrigation sous tension.
- Forêts : arbres affaiblis, attaques d’insectes comme les scolytes, mortalité accrue, risque de feux de forêt.
- Rivières : débits faibles, eau plus chaude et moins oxygénée, mortalité des poissons.
- Eau potable : certaines communes doivent être ravitaillées par camions-citernes.
- Énergie : baisse de la production hydroélectrique et limitation des centrales refroidies par les rivières.
- Navigation et transport fluvial ralentis sur les grands fleuves.
Dans le monde, les sécheresses ont provoqué certaines des pires famines de l’histoire, et elles contribuent à la désertification dans les régions sèches.
Sécheresse et changement climatique
Selon le sixième rapport du GIEC (2021), l’influence humaine a probablement augmenté la probabilité des sécheresses agricoles et écologiques dans plusieurs régions, dont l’Europe de l’Ouest et du Centre et le pourtour méditerranéen. Chaque degré supplémentaire accroît l’évaporation. En France, Météo-France projette une augmentation de la sécheresse des sols en toute saison au cours du XXIe siècle : les sécheresses aujourd’hui exceptionnelles pourraient devenir habituelles dans un climat plus chaud de 3 à 4 °C.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour sortir d’une sécheresse ?
Cela dépend du type de sécheresse. Quelques jours de pluie suffisent à humidifier les sols en surface, mais une nappe profonde peut mettre un ou plusieurs hivers pluvieux à se reconstituer.
Un orage met-il fin à une sécheresse ?
Rarement. L’eau d’un orage violent ruisselle sur un sol durci au lieu de s’infiltrer, et peut provoquer des inondations. Il faut des pluies régulières et modérées, surtout en automne et en hiver, pour recharger les réserves.
La France manque-t-elle d’eau ?
Globalement, la France reçoit chaque année beaucoup plus d’eau qu’elle n’en consomme. Mais la ressource est inégalement répartie dans l’espace et dans le temps : les tensions apparaissent en été, quand les besoins sont les plus forts et les débits les plus faibles, et elles s’accentuent avec le réchauffement.