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Numérique · Bases et gestion des connaissances

Connaissances tacites et explicites

Une connaissance explicite peut être formulée et consignée dans un document ; une connaissance tacite est incorporée dans l’expérience d’une personne et se transmet surtout par l’observation et la pratique.

Mis à jour le 3 min de lecture

La distinction entre connaissances tacites et connaissances explicites est au cœur de la gestion des connaissances. Elle explique pourquoi une procédure parfaitement écrite ne suffit pas à former un expert, et pourquoi le départ d’un salarié expérimenté peut désorganiser un service même quand « tout est documenté ».

Définitions

L’expression vient de Michael Polanyi (1891-1976), chimiste devenu philosophe, qui la développe dans The Tacit Dimension (1966) avec cette formule : « nous savons plus que nous ne pouvons dire » (we can know more than we can tell). Son exemple : nous reconnaissons un visage parmi des milliers sans pouvoir expliquer comment.

Exemples

Connaissance expliciteConnaissance tacite correspondante
La recette d’un pain (quantités, temps de pétrissage)Sentir au toucher que la pâte est prête
Le code de la routeAnticiper le comportement d’un autre conducteur
Le manuel d’utilisation d’une machineEntendre au bruit qu’une pièce va lâcher
La grille tarifaire d’une entrepriseSavoir quand un client est prêt à signer
Un protocole de soinsPercevoir qu’un patient « ne va pas bien » avant les mesures
La grammaire d’une langueParler couramment sans réfléchir aux règles

Tableau comparatif

CritèreExpliciteTacite
FormeDocuments, bases, procédures, formulesSavoir-faire, réflexes, jugement, intuition
FormalisationFacileDifficile, souvent partielle
TransmissionLecture, cours, base de connaissanceObservation, imitation, pratique accompagnée
StockageHors de la personneDans la personne
Coût de diffusionFaible une fois écritÉlevé (temps humain)
Risque de perteFaible si archivéFort lors des départs
Avantage concurrentielFacile à copierDifficile à imiter

On ajoute parfois une troisième catégorie, la connaissance implicite : un savoir qui pourrait être écrit mais ne l’a pas encore été (une astuce que tout le monde connaît dans l’équipe sans l’avoir notée). C’est la cible prioritaire de toute démarche de documentation, car elle est la plus facile à capturer.

Passer de l’un à l’autre : le modèle SECI

Ikujiro Nonaka et Hirotaka Takeuchi (1995) décrivent quatre conversions entre ces deux formes : socialisation (tacite vers tacite), externalisation (tacite vers explicite), combinaison (explicite vers explicite) et intériorisation (explicite vers tacite). Le modèle est détaillé dans la fiche gestion des connaissances.

Comment transmettre une connaissance tacite

Une partie du tacite ne se mettra jamais par écrit : il faut organiser la transmission humaine et extraire ce qui peut l’être.

Par la pratique partagée

  • Compagnonnage et tutorat : l’apprenant travaille à côté de l’expert, sur de vrais cas.
  • Binômes et doublures avant un départ à la retraite, idéalement sur plusieurs mois.
  • Communautés de pratique : rencontres régulières entre pairs d’un même métier.
  • Observation filmée de gestes techniques, commentée par l’expert.

Par l’explicitation

  • Entretiens d’explicitation : faire décrire à l’expert une situation précise vécue (« la dernière fois que… ») plutôt que des généralités ; les détails concrets révèlent les critères implicites.
  • Récits et retours d’expérience : les histoires d’incidents transmettent le jugement mieux que les règles.
  • Arbres de décision et listes de signaux d’alerte tirés de l’expérience.
  • Cas commentés dans une base de connaissance ou une documentation technique.

Et l’apprentissage individuel ?

À l’échelle d’une personne, le passage de l’explicite au tacite est simplement l’apprentissage : on lit une règle, on la pratique jusqu’à l’automatisme, elle devient un réflexe. Les sciences cognitives parlent de mémoire déclarative (savoir que) et procédurale (savoir comment), une distinction proche. Voir mémoire et apprendre efficacement.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre savoir et savoir-faire ?

Le savoir est surtout explicite (connaître des faits, des règles) ; le savoir-faire comporte une large part tacite (réussir le geste, adapter la règle à la situation).

Peut-on tout rendre explicite ?

Non. Polanyi soutenait que toute connaissance repose sur une part tacite. On peut cependant en expliciter beaucoup plus qu’on ne le croit, à condition de partir de situations concrètes.

L’intelligence artificielle capte-t-elle la connaissance tacite ?

En partie, de façon indirecte : un modèle entraîné sur des milliers de décisions d’experts peut reproduire certaines régularités de leur jugement, sans pour autant les expliquer. Il ne remplace pas la transmission humaine.

Quel exemple simple de connaissance tacite ?

Faire du vélo : on peut décrire l’équilibre en termes physiques, mais cette description n’apprend à personne à pédaler. Seule la pratique le permet.

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