Psychologie · Apprendre et mémoriser
Apprendre efficacement
Les deux méthodes d’apprentissage les plus efficaces selon la recherche sont de se tester (pratique du rappel) et d’espacer les révisions. Relire et surligner, les plus utilisées, sont parmi les moins utiles.
Mis à jour le 6 min de lecture
Apprendre efficacement, c’est retenir durablement et pouvoir réutiliser ce que l’on a appris, pas seulement avoir l’impression de savoir la veille d’un examen. La psychologie cognitive a testé en laboratoire et en classe la plupart des techniques d’étude. Le résultat est clair et souvent contre-intuitif : les méthodes qui donnent une sensation de facilité (relire, surligner) sont peu efficaces, tandis que celles qui demandent un effort (se tester, espacer, alterner) produisent un apprentissage bien plus solide.
Le classement des techniques d’étude
En 2013, John Dunlosky et quatre collègues ont publié une revue de plusieurs centaines d’études évaluant dix techniques d’apprentissage courantes. Leur verdict, largement cité depuis :
| Technique | Utilité selon la revue | Commentaire |
|---|---|---|
| Se tester (pratique du rappel) | Élevée | Efficace pour tous les âges, toutes les matières |
| Pratique espacée | Élevée | Répartir les révisions dans le temps |
| Pratique entrelacée | Modérée | Alterner types de problèmes ; surtout en maths |
| Interrogation élaborative (« pourquoi ? ») | Modérée | Chercher à expliquer les faits |
| Auto-explication | Modérée | Expliquer chaque étape à soi-même |
| Résumer | Faible | Utile seulement si l’on sait bien résumer |
| Surligner, souligner | Faible | Donne l’illusion de travailler |
| Mots-clés mnémotechniques | Faible | Utile pour du vocabulaire, peu durable |
| Imagerie mentale pour les textes | Faible | Résultats limités |
| Relire | Faible | Rendements très décroissants |
1. Se tester plutôt que relire
C’est la méthode la plus robuste. Chercher à se rappeler une information — sans regarder ses notes — la renforce bien plus que la relire. En 2006, Henry Roediger et Jeffrey Karpicke ont montré que des étudiants qui avaient lu un texte puis s’étaient testés retenaient nettement plus une semaine plus tard que ceux qui l’avaient relu, alors même que ces derniers s’estimaient mieux préparés.
En pratique :
- fermer le cours et écrire tout ce dont on se souvient, puis vérifier ;
- utiliser des fiches question/réponse (cartes recto-verso) ;
- refaire des exercices et des annales sans la correction sous les yeux ;
- transformer chaque titre du cours en question.
Le détail est dans la fiche effet de test.
2. Espacer les révisions
Réviser trois fois une heure à plusieurs jours d’intervalle est bien plus efficace que trois heures d’affilée. Cet effet d’espacement est l’un des résultats les plus anciens et les plus reproduits de la psychologie, observé dès Ebbinghaus (1885). L’oubli entre deux séances, au lieu d’être un problème, rend la récupération suivante plus formatrice.
Une règle pratique tirée des travaux de Nicholas Cepeda et ses collègues (2008) : plus on veut retenir longtemps, plus l’intervalle entre les révisions doit être long. Les logiciels de cartes comme Anki automatisent ce calendrier. Voir répétition espacée et courbe de l’oubli.
3. Alterner les types d’exercices
Faire vingt exercices du même type à la suite donne une impression de maîtrise, mais on n’apprend pas à reconnaître quel type de problème on a devant soi. Entrelacer (mélanger des exercices de chapitres différents) oblige à choisir la méthode, ce qui est exactement ce que demande un examen. L’effet est bien documenté en mathématiques et dans l’apprentissage de catégories (styles de peintres, espèces d’oiseaux).
4. Expliquer et se demander pourquoi
- L’interrogation élaborative : se demander « pourquoi est-ce vrai ? », « comment cela se relie-t-il à ce que je sais ? ».
- L’auto-explication : expliquer à voix haute chaque étape d’un raisonnement ou d’un exemple résolu.
- Enseigner à quelqu’un, réellement ou en imagination : c’est le principe de la méthode Feynman, qui révèle immédiatement les zones de flou.
Ces techniques agissent sur l’encodage : une information reliée à d’autres est mieux comprise et plus facile à retrouver.
5. Combiner les mots et les images
Associer un texte à un schéma, une frise ou une carte (le double codage, selon la théorie d’Allan Paivio) offre deux voies d’accès au souvenir. Cela vaut pour tout le monde : ce n’est pas une question de « profil visuel ».
6. Dormir et répartir l’effort
Le sommeil consolide les apprentissages de la journée ; une nuit blanche avant un examen altère à la fois l’encodage et le rappel (voir sommeil et mémoire). Des séances de travail concentré, sans téléphone, de 25 à 50 minutes séparées de pauses, sont plus productives que de longues plages dispersées (voir concentration).
Les idées reçues sur l’apprentissage
| Idée reçue | Ce que dit la recherche |
|---|---|
| Il faut adapter l’enseignement à son style (visuel, auditif, kinesthésique) | Aucune preuve solide : revue de Harold Pashler et coll. (2008) |
| On n’utilise que 10 % de son cerveau | Faux : l’imagerie montre une activité dans tout le cerveau |
| Relire plusieurs fois suffit | Effet faible au-delà de la première lecture |
| On apprend mieux en bachotant la veille | Bon pour le lendemain, oubli rapide ensuite |
| Le multitâche fait gagner du temps | Chaque bascule coûte du temps et des erreurs |
| Si c’est facile, c’est que je sais | La fluidité est trompeuse : seul le test le révèle |
| La « pyramide de l’apprentissage » (10 % de ce qu’on lit, 90 % de ce qu’on enseigne) | Chiffres sans source scientifique |
La dernière confusion, celle entre facilité et maîtrise, est une erreur de métacognition : savoir évaluer ce que l’on sait vraiment fait partie de l’apprentissage.
Un plan de révision type
- Avant le cours : survoler le chapitre et noter trois questions.
- Pendant : prendre des notes en reformulant, par exemple avec la méthode Cornell.
- Le soir même : sans notes, écrire ce dont on se souvient (10 minutes), puis compléter.
- J+1 à J+3 : transformer le cours en questions et y répondre de mémoire.
- J+7, J+15, J+30 : nouvelles sessions de rappel, en mélangeant avec les chapitres précédents.
- Avant l’examen : annales en conditions réelles, puis travail ciblé sur les erreurs.
- Chaque nuit : sept à neuf heures de sommeil pour un adulte, davantage pour un adolescent.
Apprendre à tout âge
Ces principes valent de l’école primaire à l’âge adulte, pour une langue, un instrument ou une compétence professionnelle. Pour les savoir-faire moteurs (sport, musique), s’y ajoutent la pratique délibérée — travailler précisément ce que l’on ne maîtrise pas encore, avec un retour immédiat — et la variation des conditions d’entraînement. La motivation compte aussi : on persévère mieux quand on se fixe des objectifs précis et que l’on voit ses progrès. Et pour ne pas remettre ses révisions à plus tard, voir procrastination.
Sur ce qu’est le savoir lui-même, voir définition de la connaissance ; pour vérifier ce que l’on a retenu, les quiz de culture générale appliquent directement l’effet de test.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure méthode pour apprendre ?
Se tester régulièrement de mémoire et espacer ces tests dans le temps. Ces deux techniques sont celles dont l’efficacité est la mieux démontrée, pour tous les âges et toutes les matières.
Combien de temps faut-il réviser par jour ?
Il n’existe pas de durée universelle. Mieux vaut plusieurs séances courtes et concentrées, réparties sur plusieurs jours, qu’une longue séance unique. La qualité de l’attention compte plus que le temps passé.
Faire des fiches, est-ce efficace ?
Rédiger une fiche aide un peu à structurer le cours. L’essentiel du bénéfice vient ensuite de leur usage en mode question-réponse : cacher la réponse et chercher à s’en souvenir.
Les styles d’apprentissage existent-ils ?
Les gens ont des préférences, mais adapter l’enseignement à un style visuel, auditif ou kinesthésique n’améliore pas les résultats selon les études. C’est le contenu qui doit dicter la forme : une carte pour la géographie, un enregistrement pour la prononciation.
Pourquoi j’oublie tout ce que j’apprends ?
Le plus souvent parce que l’on relit au lieu de se tester et que l’on ne révise pas après quelques jours. Sans rappel, une grande partie d’une information nouvelle s’efface en quelques jours ; chaque récupération réussie ralentit cet oubli.