Langue française · Le mot « connaissance »
Connais-toi toi-même
« Connais-toi toi-même » (gnôthi seauton) est une maxime grecque inscrite au temple d’Apollon à Delphes. Elle invitait l’homme à reconnaître ses limites ; Socrate en a fait le point de départ de la philosophie.
Mis à jour le 4 min de lecture
« Connais-toi toi-même » est l’une des formules les plus célèbres de l’Antiquité. En grec, gnôthi seauton (γνῶθι σεαυτόν). Elle était inscrite à l’entrée du temple d’Apollon à Delphes, le sanctuaire le plus prestigieux du monde grec, où l’on venait consulter l’oracle. Sa brièveté a permis des lectures très différentes : avertissement religieux, programme philosophique, conseil de développement personnel.
Origine : une inscription du temple de Delphes
Les auteurs anciens rapportent que la formule figurait dans le pronaos (le vestibule) du temple d’Apollon, à côté d’autres maximes, dont « Rien de trop » (mêden agan). Platon la mentionne à plusieurs reprises dans ses dialogues.
Son auteur n’est pas connu. La tradition l’attribuait à l’un des Sept Sages de la Grèce archaïque (Thalès, Chilon de Sparte, Solon et d’autres selon les listes), sans accord entre les sources anciennes. Il s’agit plus probablement d’une sagesse proverbiale ancienne, consacrée par son inscription à Delphes.
Le sens premier : connaître ses limites
Dans le contexte religieux de Delphes, la maxime ne signifie pas « explore ton intériorité ». Elle rappelle à l’homme sa condition : tu es mortel, ne te prends pas pour un dieu. Elle s’accorde avec Rien de trop : toutes deux mettent en garde contre la démesure (hubris), faute majeure dans la pensée grecque, que les dieux punissent.
Socrate : la connaissance de soi comme point de départ
C’est Socrate, tel que le présente Platon, qui transforme la maxime en programme philosophique.
- Dans l'Apologie de Socrate, l’oracle de Delphes déclare qu’aucun homme n’est plus savant que Socrate. Celui-ci interprète ce verdict : il est le plus sage parce qu’il sait qu’il ne sait pas, alors que les autres croient savoir. La connaissance de soi commence par la connaissance de son ignorance.
- Dans le Phèdre, Socrate dit ne pas avoir le loisir d’étudier les mythes, car il n’est pas encore capable de se connaître lui-même, selon l’inscription de Delphes.
- Dans l'Alcibiade, le « soi » à connaître est l'âme : se connaître, c’est connaître la part de soi qui pense et qui juge.
- Dans le Charmide, la maxime est rapprochée de la tempérance (sôphrosunê), la sagesse de qui connaît sa mesure.
Les reprises dans l’histoire de la pensée
- Les stoïciens en font un exercice moral : distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas.
- Saint Augustin cherche Dieu en rentrant en soi-même : « Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même ; c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité » (De la vraie religion).
- Montaigne fait de ses Essais une enquête sur lui-même : « Je suis moi-même la matière de mon livre », écrit-il dans l’avis au lecteur.
- Descartes fonde la connaissance sur la certitude du sujet pensant (« Je pense, donc je suis », Discours de la méthode, 1637) : voir Descartes.
- La psychanalyse, au XXe siècle, montre que la connaissance de soi se heurte à l’inconscient : une part de nous-mêmes nous échappe.
La version longue : une citation apocryphe
On lit souvent : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux. » Cette suite n’appartient pas à l’inscription de Delphes, qui se limitait à gnôthi seauton. Elle ne figure pas chez Platon. C’est un ajout tardif, de tonalité ésotérique, largement diffusé sans source. Mieux vaut ne citer que la formule courte.
Que signifie la maxime aujourd’hui ?
Dans l’usage courant, elle désigne l’effort pour comprendre ses motivations, ses forces, ses limites et ses émotions. La psychologie contemporaine en a fait un objet d’étude : nos jugements sur nous-mêmes sont souvent déformés (voir biais cognitifs). La fiche connaissance de soi présente les moyens concrets de mieux se connaître.
Traductions
| Langue | Formule |
|---|---|
| Grec ancien | γνῶθι σεαυτόν (gnôthi seauton) |
| Latin | nosce te ipsum (ou temet nosce) |
| Anglais | Know thyself |
| Allemand | Erkenne dich selbst |
| Italien | Conosci te stesso |
| Espagnol | Conócete a ti mismo |
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Questions fréquentes
Qui a dit « Connais-toi toi-même » ?
Personne en particulier : c’est une maxime inscrite au temple d’Apollon à Delphes, attribuée par la tradition à l’un des Sept Sages. Socrate l’a rendue célèbre en en faisant le principe de sa philosophie.
Que signifie « Connais-toi toi-même » ?
À l’origine : « reconnais que tu es un mortel ». Chez Socrate : « connais ton âme et ton ignorance ». Aujourd’hui : « cherche à comprendre qui tu es ».
La suite « et tu connaîtras l’univers et les dieux » est-elle authentique ?
Non. Elle ne figure ni sur l’inscription de Delphes ni chez Platon ; c’est un ajout tardif.
Comment dit-on « Connais-toi toi-même » en latin ?
Nosce te ipsum, ou temet nosce.