Arts · Cinéma et photographie
La Nouvelle Vague
La Nouvelle Vague est un mouvement du cinéma français apparu en 1958-1959. De jeunes réalisateurs, souvent critiques aux Cahiers du cinéma, tournent vite, en décors réels, avec peu de moyens et une grande liberté.
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La Nouvelle Vague est un mouvement du cinéma français de la fin des années 1950 et des années 1960. Il réunit de jeunes cinéastes qui rejettent le cinéma de studio traditionnel, qu’ils appellent avec mépris la « qualité française », et défendent un cinéma personnel, tourné dans la rue avec des moyens légers. L’expression a d’abord été utilisée par la journaliste Françoise Giroud dans L’Express en 1957 pour désigner la jeunesse française, avant d’être appliquée au cinéma en 1959.
Les origines : les Cahiers du cinéma
La revue Les Cahiers du cinéma est fondée en 1951 par André Bazin, Jacques Doniol-Valcroze et Joseph-Marie Lo Duca. De jeunes critiques passionnés, formés à la Cinémathèque française d’Henri Langlois et dans les ciné-clubs, y écrivent : François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Jacques Rivette.
En janvier 1954, Truffaut publie dans les Cahiers l’article « Une certaine tendance du cinéma français », violente attaque contre le cinéma de scénaristes et d’adaptations littéraires de prestige (Aurenche et Bost, Claude Autant-Lara, Jean Delannoy). Les critiques admirent au contraire des cinéastes hollywoodiens considérés jusque-là comme de simples artisans : Alfred Hitchcock, Howard Hawks, Nicholas Ray, ainsi que Jean Renoir et Roberto Rossellini.
Les caractéristiques de la Nouvelle Vague
| Élément | Cinéma traditionnel | Nouvelle Vague |
|---|---|---|
| Tournage | En studio, décors construits | En décors naturels, dans la rue, en appartement |
| Équipe et budget | Lourds | Équipe réduite, petits budgets |
| Caméra | Sur pied, lourde | Légère, à l’épaule ; pellicule sensible permettant la lumière naturelle |
| Acteurs | Vedettes établies | Jeunes acteurs nouveaux (Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Léaud, Anna Karina) |
| Scénario | Très écrit, adaptations | Personnel, souvent original, place à l’improvisation |
| Montage | Invisible, raccords soignés | Faux raccords, jump cuts, ruptures assumées |
| Ton | Classique | Liberté, références cinéphiles, regard caméra, digressions |
Le chef opérateur Raoul Coutard tourne À bout de souffle caméra à la main, parfois assis dans un fauteuil roulant pour les travellings.
1959, l’année de l’éclosion
| Film | Réalisateur | Date | Fait marquant |
|---|---|---|---|
| Le Beau Serge | Claude Chabrol | 1958 | Souvent considéré comme le premier film de la Nouvelle Vague |
| Les Cousins | Claude Chabrol | 1959 | Ours d’or à Berlin |
| Les Quatre Cents Coups | François Truffaut | 1959 | Prix de la mise en scène à Cannes |
| Hiroshima mon amour | Alain Resnais | 1959 | Scénario de Marguerite Duras |
| À bout de souffle | Jean-Luc Godard | Sortie en mars 1960 | Scénario de Truffaut ; Belmondo et Jean Seberg |
Le succès de ces films, à petit budget, convainc les producteurs : des dizaines de jeunes réalisateurs tournent leur premier long métrage en France entre 1958 et 1962.
Les principaux réalisateurs
- François Truffaut (1932-1984) : le cycle Antoine Doinel avec Jean-Pierre Léaud, commencé avec Les Quatre Cents Coups ; Jules et Jim (1962) ; La Nuit américaine (1973, Oscar du meilleur film étranger) ; Le Dernier Métro (1980). Il publie un livre d’entretiens avec Hitchcock (1966).
- Jean-Luc Godard (1930-2022) : le plus radical, qui ne cesse de remettre en cause le langage du cinéma ; Le Mépris (1963), Pierrot le Fou (1965), Alphaville (1965).
- Claude Chabrol (1930-2010) : thrillers et satires de la bourgeoisie de province (Le Boucher, 1970).
- Éric Rohmer (1920-2010) : films de dialogues et de cycles moraux (Ma nuit chez Maud, 1969 ; Le Genou de Claire, 1970).
- Jacques Rivette (1928-2016) : Paris nous appartient (1961), Céline et Julie vont en bateau (1974).
La « rive gauche »
Un groupe proche mais distinct, plus littéraire et politique, est parfois appelé « rive gauche » : Agnès Varda (La Pointe courte, 1955, souvent vu comme précurseur ; Cléo de 5 à 7, 1962), Alain Resnais (L’Année dernière à Marienbad, 1961), Chris Marker, Jacques Demy (Lola, 1961 ; Les Parapluies de Cherbourg, palme d’or 1964).
Fin et héritage
Le mouvement se disperse au milieu des années 1960 : chaque cinéaste suit sa voie, et Mai 68 (avec l’interruption du Festival de Cannes à l’initiative notamment de Truffaut et Godard, et l’affaire Langlois) divise le groupe. Truffaut et Godard se brouillent définitivement en 1973.
L’influence de la Nouvelle Vague est mondiale : Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola, Arthur Penn avec Bonnie and Clyde), nouvelles vagues tchèque, brésilienne, japonaise, puis Quentin Tarantino, Wong Kar-wai ou Wes Anderson, qui la revendiquent. Elle a durablement imposé l’idée du cinéaste-auteur. Voir l’histoire du cinéma et les grands réalisateurs.
Questions fréquentes
Quel est le premier film de la Nouvelle Vague ?
Le Beau Serge de Claude Chabrol (1958) est généralement cité comme le premier. Les Quatre Cents Coups de Truffaut (1959) et À bout de souffle de Godard (1960) en sont les manifestes.
Qu’est-ce qu’un jump cut ?
Une coupe brutale à l’intérieur d’un même plan, qui fait « sauter » l’image dans le temps. Godard l’utilise abondamment dans À bout de souffle, en rupture avec les règles du montage classique.
Quelles sont les dates de la Nouvelle Vague ?
Le mouvement naît en 1958-1959 et s’essouffle au milieu des années 1960 ; certains historiens le prolongent jusqu’en 1968.
Pourquoi « Nouvelle Vague » ?
L’expression, lancée par Françoise Giroud en 1957 pour parler de la jeunesse française, a été reprise par la presse en 1959 pour désigner les jeunes cinéastes apparus au Festival de Cannes.