Mythologies et religions · Religions du monde
Le shintoïsme
Le shintoïsme est la religion autochtone du Japon. Il honore les kami, divinités et puissances sacrées présentes dans la nature, les ancêtres et certains êtres, dans des sanctuaires signalés par un portique, le torii.
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Le shintoïsme (shintō, « la voie des kami ») est un ensemble de croyances et de pratiques propres au Japon. Il n’a ni fondateur, ni livre saint unique, ni dogme formulé : c’est d’abord une religion de rites, de fêtes et de lieux sacrés. Le mot shintō lui-même a été employé pour le distinguer du bouddhisme, introduit au VIe siècle. Il coexiste aujourd’hui avec le bouddhisme : de nombreux Japonais fréquentent les sanctuaires shintō pour les naissances, le Nouvel An ou les mariages, et les temples bouddhiques pour les funérailles, sans se considérer comme membres exclusifs d’une religion (voir religions du monde).
Les kami
Les kami sont les divinités ou les puissances sacrées du shintoïsme. La tradition parle des « huit cents myriades de kami », c’est-à-dire d’une multitude infinie. Ce peuvent être :
- les dieux des mythes, comme Amaterasu, déesse du Soleil, ou Susanoo (voir mythologie japonaise) ;
- des forces et des éléments de la nature : montagnes (le mont Fuji), cascades, rochers, arbres remarquables, vent, tonnerre ;
- les ancêtres des familles et des clans ;
- des personnes remarquables divinisées après leur mort, comme le lettré Sugawara no Michizane, honoré sous le nom de Tenjin, protecteur des études.
Le lettré Motoori Norinaga (XVIIIe siècle) définissait le kami comme tout ce qui inspire l’émerveillement ou la crainte par sa puissance extraordinaire.
Les sanctuaires
Les kami sont honorés dans des sanctuaires (jinja), que l’on distingue des temples bouddhiques (tera). On en compte environ 80 000 au Japon. Un sanctuaire comprend généralement :
| Élément | Rôle |
|---|---|
| Torii | Portique, souvent rouge vermillon, qui marque l’entrée dans l’espace sacré |
| Chōzuya | Bassin où l’on se purifie les mains et la bouche avant de prier |
| Haiden | Salle d’oratoire où les fidèles prient |
| Honden | Sanctuaire principal, fermé, où réside le kami, présent dans un objet (miroir, épée, pierre) |
| Shimenawa | Corde de paille tressée qui délimite un lieu ou un objet sacré |
| Komainu | Statues de chiens-lions gardiens |
Les plus célèbres sont le grand sanctuaire d’Ise, consacré à Amaterasu, reconstruit à l’identique tous les vingt ans depuis plus de treize siècles (la dernière reconstruction date de 2013), le Fushimi Inari-taisha de Kyōto, avec ses milliers de torii, et le sanctuaire d’Itsukushima, dont le torii semble flotter sur la mer.
Pureté et purification
La notion centrale du shintoïsme est l’opposition entre pureté et souillure (kegare). La souillure n’est pas une faute morale au sens du péché, mais une impureté liée notamment à la mort, au sang ou à la maladie, qui perturbe la relation avec les kami. Les rites de purification (harae) rétablissent cet état de pureté : ablutions, aspersion d’eau, agitation d’un bâton orné de papiers blancs (haraegushi) par le prêtre. Le mythe fondateur de ce rite est la purification d’Izanagi dans une rivière après son retour du pays des morts.
Les pratiques
- La prière au sanctuaire : on se purifie, on jette une pièce dans le tronc à offrandes, on s’incline deux fois, on frappe deux fois dans ses mains, on prie, puis on s’incline une dernière fois.
- Les ema : petites plaquettes de bois sur lesquelles on écrit un vœu.
- Les omamori (amulettes) et omikuji (papiers de divination), achetés au sanctuaire.
- Le kamidana : petit autel domestique dédié aux kami.
- Les rites de passage : présentation des nouveau-nés au sanctuaire, fête des enfants de 3, 5 et 7 ans (shichi-go-san), mariages shintō.
Les fêtes : les matsuri
Les matsuri sont des fêtes de sanctuaire où le kami, porté dans un palanquin (mikoshi), parcourt le quartier au milieu de processions, de danses et de musique. Le Gion matsuri de Kyōto, en juillet, est l’un des plus célèbres. Au Nouvel An, la première visite au sanctuaire (hatsumōde) rassemble des dizaines de millions de personnes ; le sanctuaire Meiji de Tōkyō en accueille à lui seul plusieurs millions.
Shintoïsme et bouddhisme
Pendant plus de mille ans, shintoïsme et bouddhisme ont été étroitement mêlés (shinbutsu shūgō) : les kami étaient souvent considérés comme des manifestations locales de bouddhas et de bodhisattvas, et sanctuaires et temples partageaient les mêmes lieux. En 1868, le nouveau gouvernement de l’ère Meiji impose leur séparation.
Le shintoïsme d’État
De 1868 à 1945, le gouvernement japonais organise un shintoïsme d’État, présenté comme un devoir civique plutôt que comme une religion, centré sur le culte de l’empereur, considéré comme descendant d’Amaterasu. Il sert l’idéologie nationaliste et militariste. Après la défaite de 1945, la directive des forces d’occupation de décembre 1945 abolit ce système, et la Constitution de 1947 établit la séparation de la religion et de l’État. Le sanctuaire de Yasukuni, à Tōkyō, qui honore les morts pour le Japon, dont des criminels de guerre condamnés, reste l’objet de controverses diplomatiques.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un sanctuaire shintō et un temple bouddhique ?
Le sanctuaire (jinja) est consacré aux kami et se reconnaît à son torii. Le temple (tera) est bouddhique et abrite des statues de bouddhas ; on y trouve souvent une pagode et un encensoir.
Combien y a-t-il de shintoïstes ?
Il est difficile de le dire : la plupart des Japonais participent à des rites shintō sans se déclarer shintoïstes. Les statistiques du ministère japonais de la Culture, qui additionnent les fidèles déclarés par chaque organisation, donnent un total supérieur à la population du pays.
Que signifie le torii ?
C’est le portique qui marque le passage de l’espace profane à l’espace sacré du sanctuaire. Passer sous le torii signifie entrer dans le domaine des kami.
Le shintoïsme a-t-il un livre sacré ?
Non. Le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720) rassemblent les mythes liés aux kami, mais ils ne sont pas des textes sacrés au sens de la Bible ou du Coran.