Sciences · Éléments chimiques
Radon
Le radon (Rn, numéro atomique 86) est un gaz noble radioactif, incolore et inodore, émis naturellement par les sols granitiques. Accumulé dans les bâtiments mal ventilés, il est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le radon est la principale source d’exposition de la population à la radioactivité naturelle. On ne le voit pas, on ne le sent pas, et il peut s’accumuler dans les caves, les sous-sols et les pièces d’habitation. Le risque qu’il représente est pourtant bien connu et facile à mesurer, et des solutions simples permettent de le réduire.
Fiche d’identité
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Symbole | Rn |
| Numéro atomique | 86 |
| Masse atomique | [222] (isotope le plus stable) |
| Famille | Gaz noble (groupe 18, période 6) |
| État à 20 °C | Gaz |
| Fusion | −71 °C |
| Ébullition | −61,7 °C |
| Découverte | 1899-1900, Ernest Rutherford et Robert Owens, puis Friedrich Ernst Dorn |
| Abondance | traces infimes et très variables dans l’air |
Propriétés
Le radon est le plus lourd des gaz nobles naturels, environ 7,5 fois plus dense que l’air. Comme les autres gaz nobles, il est chimiquement peu réactif, bien qu’il puisse former un fluorure. Refroidi en dessous de son point de congélation, il devient jaune puis rouge orangé, phosphorescent sous l’effet de sa propre radioactivité.
Tous ses isotopes sont radioactifs. Il est soluble dans l’eau, davantage dans l’eau froide, et dans les graisses.
Isotopes
| Isotope | Période | Origine |
|---|---|---|
| Radon 222 | 3,82 jours | chaîne de l’uranium 238, via le radium 226 |
| Radon 220 (thoron) | environ 56 secondes | chaîne du thorium 232 |
| Radon 219 (actinon) | environ 4 secondes | chaîne de l’uranium 235 |
Le radon 222 est le plus important pour la santé : sa période de près de quatre jours lui laisse le temps de migrer du sol vers l’air des maisons. En se désintégrant, il produit des descendants solides (polonium 218, plomb 214, bismuth 214, polonium 214) qui se fixent sur les poussières et se déposent dans les bronches, où ils émettent des particules alpha (voir radioactivité).
Où le trouve-t-on ?
Le radon provient de la désintégration de l'uranium et du radium présents dans toutes les roches et tous les sols, mais en quantités plus élevées dans les terrains granitiques et volcaniques. Il s’échappe du sol par les fissures et se dilue rapidement à l’air libre. Dans un bâtiment, il entre par les fissures des dalles, les passages de canalisations, les vides sanitaires et les caves, et s’accumule quand la ventilation est insuffisante, surtout en hiver.
En France, les zones à potentiel radon significatif comprennent notamment la Bretagne, le Massif central, les Vosges, la Corse et une partie des Alpes et des Pyrénées. Une cartographie officielle classe les communes en trois zones.
Risques pour la santé
Selon l’Organisation mondiale de la santé et le Centre international de recherche sur le cancer, le radon est cancérogène certain pour l’être humain. Il est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac, et la première chez les non-fumeurs. En France, Santé publique France attribue au radon environ 3 000 décès par cancer du poumon chaque année.
Le risque augmente avec la concentration et la durée d’exposition. Il est fortement multiplié chez les fumeurs : à exposition égale, un fumeur a un risque bien plus élevé qu’un non-fumeur (voir arrêt du tabac). Le radon n’a pas d’effet aigu ; il n’existe pas de symptôme d’alerte.
Mesurer et réduire le radon
En France et dans l’Union européenne, le niveau de référence dans les habitations et les lieux de travail est fixé à 300 becquerels par mètre cube en moyenne annuelle. L’OMS recommande de viser 100 Bq/m³ quand c’est possible. La mesure est obligatoire dans certains établissements recevant du public (écoles, crèches, établissements de santé) des zones concernées, et l’information des acquéreurs et locataires est prévue.
Le radon dissous dans l’eau de puits ou de sources peut aussi se libérer lors des douches ; c’est un risque secondaire par rapport à l’air.
Usages
Le radon n’a pratiquement plus d’usage. Au début du XXᵉ siècle, des ampoules de radon étaient utilisées en radiothérapie, et des stations thermales vantaient les vertus de leurs eaux radioactives, sans preuve d’efficacité. Le radon sert aujourd’hui de traceur en hydrologie, en géophysique (étude des failles et des volcans) et pour l’étude des masses d’air.
Histoire du nom
En 1899, Ernest Rutherford et Robert Owens constatent que le thorium émet un gaz radioactif, l'« émanation » du thorium. En 1900, le physicien allemand Friedrich Ernst Dorn observe la même émanation à partir du radium, découvert deux ans plus tôt par Pierre et Marie Curie. En 1910, William Ramsay et Robert Whytlaw-Gray isolent le gaz, mesurent sa densité et montrent qu’il s’agit du gaz noble le plus lourd ; ils le nomment niton, du latin nitens, « brillant ». Le nom radon, formé sur radium, est adopté en 1923 pour l’isotope 222, puis s’impose pour l’élément.
Questions fréquentes
Comment savoir si ma maison contient du radon ?
Seule une mesure le permet. Consulter la cartographie du potentiel radon de sa commune donne une première indication, puis un dosimètre posé deux mois en hiver donne la concentration moyenne.
Le radon est-il dangereux dans les appartements ?
Le risque concerne surtout les rez-de-chaussée et les maisons en contact avec le sol. Dans les étages élevés, les concentrations sont généralement faibles, sauf matériaux de construction particuliers.
Faut-il s’inquiéter du radon en dehors des zones granitiques ?
Le risque y est moindre, mais des concentrations élevées sont possibles localement. Une bonne ventilation reste la première mesure de prévention partout.